
Une tour Mondor dans le quarier du Val-Sud d'Argenteuil / KB
La première pierre d’un ensemble de nouveaux logements a été posée, jeudi 16 juin, dans le quartier du Val Sud d’Argenteuil. Il remplacera les tours Mondor 3 et 4 détruites en décembre 2010.
Posté devant l’entrée qui mène au chantier, Karim, 20 ans, regarde avec curiosité l’avancée des travaux. A quelques mètres de là, un groupe d’une quinzaine d’élus patiente et se félicite de la rénovation du quartier. « Là- bas, c’est les gens de la mairie. Ils font du cinéma, du chichi » glisse le jeune homme. Auparavant habitant de la tour Mondor 4 du Val Sud, Karim est « dégoûté » de sa destruction. « C’était toute mon enfance, j’ai grandi ici » dit-il en pointant les deux grandes tours blanches Mondor 1 et 2, encore rescapées. Aujourd’hui, l’heure est à la reconstruction. Philippe Doucet, maire socialiste d’Argenteuil, accompagné de ses prédécesseurs Georges Mothron et Roger Ouvrard viennent poser la première pierre du chantier. Les deux tours vétustes, détruites en décembre 2010, cèderont leur place à 10 bâtiments et une dizaine de pavillons individuels. « Ça rénove le quartier, ça sera beau, mais il nous manque du monde. » se désole Karim. Au même titre que la plupart des ménages, le jeune homme est relogé par la mairie. Nostalgique, il vit toujours dans le quartier, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. La convivialité et l’esprit de famille qui régnaient autrefois se sont écroulés en quelques secondes. « Avant, si quelqu’un avait besoin de sucre ou d’une brique de lait, on lui donnait. »
Ville populaire de 93 000 habitants, au nord-ouest de Paris, Argenteuil profite du plan de rénovation des banlieues lancé en 2005 par Jean-Louis Borloo – alors ministre de la ville. Sur les 350 millions d’euros nécessaires à la rénovation de l’agglomération Argenteuil-Bezons, 130 millions proviennent de l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine.
Le nouveau quartier
A l’intérieur du chantier protégé par des palissades, un pupitre ainsi que du matériel de sonorisation attendent élus et représentants du chantier. Quelques mètres en dessous du sol, les ouvriers s’activent. Les fondations du futur quartier prennent vie. Aux alentours de 11h30, le maire d’Argenteuil invite anciens du quartier et badauds à découvrir l’avancé du projet. Conscient que les habitants étaient « très attachés au quartier », Philipe Doucet défend le projet. La centaine de logements collectifs sera certifiée du label « Bâtiment basse consommation ». Point important pour limiter la facture énergétique des résidents. Les pavillons, quant à eux, seront des maisons « développement durable » ajoute Gérard Mothron, député UMP d’Argenteuil-Bezons et Vice-Président du Conseil général du Val-d’Oise.

Le chantier du quartier en renouveau / KB
Huguette, la soixantaine, habitante d’Argenteuil depuis toujours, est ravie par le plan de rénovation du Val Sud. Logeant à proximité du chantier, elle espère moins de délinquance et plus de calme dans ce quartier sensible. « C’est une bonne chose car il y avait des trafics dans les tours ». Mathieu Seguran jeune collaborateur de G. Mothron, estime que la rénovation du quartier est une opportunité pour le mieux vivre des habitants. « Les immeubles sont à taille humaine et les habitants disposeront de jardins. » Les quatre tours Mondor hébergeaient des centaines de famille dans un espace réduit. Le projet limitera la densité du quartier en le rattachant à la ville. La municipalité a prévu de louer des locaux pour implanter des associassions au pied des logements. « Les habitants souffraient des trafics et le désenclavement du quartier peut limiter cette situation. »
Un nouvel essor pour la ville ?
Dans une ville qui ne respecte toujours pas le seuil des 20% de logements sociaux, la renaissance du quartier fait figure de nouvel élan. Les architectes ont tenté de favoriser la mixité sociale. Alain Bucquet, sous-préfet d’Argenteuil appelle à plus d’échange et de diversité dans le quartier. « J’espère que les habitant seront heureux dans ces habitations. » Au pied des tours encore debout, et de l’autre côté de la rue, de petits bâtiments déjà rénovés donnent le ton que prendra le futur quartier. Enthousiasmée par l’essor de la ville, Huguette à l’air inquiète. « Ce sont les mêmes habitants qui reviennent ici. Et combien de temps vont durer cela ? (NDLR : les bâtiments rénovés) C’est la m…, ils cassent tout, ils brisent tout. » Flambants neufs, ces logements HLM sont pensés pour les six décennies à venir.

Philippe Doucet (PS) pose la première pierre du nouveau quartier / KB
Médiatiques depuis l’intervention de Nicolas Sarkozy en 2005 « Vous en avez assez de cette bande de racaille ? On va vous en débarrasser », les habitants d’Argenteuil n’attendent rien des politiques. Un peu à l’écart, au sein d’un groupe de riverains, Mamar, la cinquantaine, ne semble pas s’inquiéter pour l’avenir. « Le nouveau quartier sera mieux qu’avant. De toute façon, c’est eux qui commandent » (NDLR : les hommes politiques). Pour s’en sortir, Karim à décidé de prendre son avenir en main. Il travaille depuis peu pour la municipalité argenteuillaise. Du lundi au samedi, il se lève à 2 heures du matin pour s’occuper des poubelles. « On ne va pas faire des bêtises toute notre vie. » Devenu à son tour un « grand frère », il aide « les petits » afin de leur éviter de sombrer. « Je préfère donner 20 € plutôt qu’ils ne fassent une bêtise et finissent chez la police. » S’agissant des nouveaux logements, le jeune homme s’étonne de la flambé des prix du loyer. Ils auraient doublés dans les bâtiments déjà rénovés. « Après ils appellent ça des logements sociaux.» La première pierre du nouveau Val-Sud est posée. Et c’est avec un mélange d’amertume et d’espoir que Karim et les autres se dispersent, sous une pluie battante.
K.B.